
En cette période de saint-valentin, cédons à l’obsession collective avec L’amour est déclaré, roman léger, facile, aérien.
De temps en temps, une ou deux fois par an, vient le moment des mea culpa littéraires, où j’avoue avec un peu d’appréhension des lectures que je m’en veux d’aimer autant, aguicheuses et plaisantes, faciles et dans l’air du temps. J’aime les romans de Nicolas Rey, sémillant quadra revenu de tout ou qui veut le laisser penser, bellâtre des temps modernes qui a l’insolence de savoir écrire.
Ce préambule pour vous dire que tout le monde ne sera sans doute pas d’accord avec moi.
L’amour est déclaré, c’est l’histoire d’un personnage/narrateur/auteur, plus ou moins autobiographique, qui tombe amoureux. Et là, tout s’emballe, le coup de foudre la passion, l’ivresse, les drames. Tous ces petits rebondissements qui font le sel d’une relation, en accéléré. Une histoire qu’on croit unique lorsqu’on la vit, qu’on découvre universelle en s’y reconnaissant.
Caustique, Rey aime à se décrire comme inapte à savourer pleinement le moindre bonheur. Le succès d’Un léger passage à vide, son précédent roman ? Associé à une rage de dents. Quand il s’adresse à son fils, Hyppolite, 6 ans, ça donne « Tu vas passer ton existence à arriver trop tôt ou trop tard. Comme à une fête. » Et pourtant, ce roman, ce n’est pas celui de la crise, ce n’est plus celui de la chute. Le pessimisme qu’érige comme règle de vie Nicolas, le personnage, ne prend son sens que dans un retour au calme, à la lucidité tranquille.
Moments perdus, moments déçus, moments de vie : on peut reprocher à L’amour est déclaré son côté parcellaire, décousu, mais c’est aussi ce qui fait le charme du roman, cet espèce de sautillement permanent, léger et inconséquent. Rey s’improvise conteur des temps modernes, sarcastique comme il faut l’être, pense-t-il sans doute, mais avec la douce amertume qui donne son charme à l’écriture.
Des éclats de récit éparpillés, des chapitres très courts, qui laissent au lecteur la tâche de combler les vides, de compléter le récit et de recréer la narration. Un peu comme si l’auteur nous déléguait une partie de l’histoire, et que notre imagination devait prendre le relai de la sienne.
La concision du roman, le préambule qui se moque ouvertement du lecteur: les raisons de détester ce livre et de conspuer son auteur sont légion. On lui pardonne, car il a ce je ne sais quoi irrésistible qui fait qu’on appréhende de finir ce roman trop vite, tant il est attachant. En somme, côté Beigbeder un peu agaçant, car ce dernier a déjà écrit tout cela, et il l’a bien fait, mais une vraie écriture qui singularise le roman.
Alors oui, L’amour est déclaré a plein de défauts. Trop court, pas vraiment engagé. Oui, Rey se donne clairement un genre, celui du cynique désabusé et dégrisé, complètement autocentré, tout en de regardant un peu écrire. Mais les sales gosses, ni trop lisses ni trop frondeurs, sont toujours au fond mes chouchous. Dans toute son imperfection, ce roman touche, et c’est déjà très bien.
L’amour est déclaré, Nicolas Rey
2012
Diable Vauvert

Ca me donne plutot envie, même si le coté « cynique desabusé autocentré » me fait un peu peur ! ^^ je vais d’abord finir l’histoire de pi !