Liberté, Egalité, Superiorité ?

Il y a eu Le Monde. Il y a eu Yannick Noah. Et puis il y a eu le sketch des Guignols de l’info. Trois affaires qui additionnées ont provoqué un ras le bol général et exarcerbé un sentiment anti français dans le monde du sport espagnol. Parce que nous ne sommes pas si loin d’un véritable incident diplomatique qui passe un peu inaperçu en dehors du monde du sport, LaTeam se propose de vous décrypter l’affaire qui agite les passions dans la péninsule ibérique et qui a amené Alain Afflelou a suspendre ses publicités sur Canal + tout en publiant une tribune dans Marca. Loco.

Les « affaires »

Acte 1 – Le Monde vs Foot Espagnol. En 2007, le plus grand quotidien du soir se procure les supposés plans de préparation des équipes de football de Barcelone et du Real Madrid. Signés de la main du docteur Fuentes, impliqué dans la plus grosse affaire de dopage de l’époque (implication d’un nombre important de coureurs cycliste dont plusieurs très grands noms : Beloki, Basso, Contador, Heras, Ullrich ou le défunt Pantani), ces documents sont sensés indiquer des pratiques pas très catholiques de la part des deux équipes de football. Le Monde sera trainé en procès et condamné.

Acte 2 – Yannick Noah. En novembre 2011, Noah balance un pavé dans la mare. Et pas qu’à moitié. Depuis désormais plusieurs années, l’Espagne domine un certain nombre des plus grands sports. Football, Tennis, Formule 1, Basket : c’est trop pour la personnalité préférée des français (cette valeur symbolique a son importance) qui balance que cette domination serait quand même du à une « potion magique » que les sportifs espagnols utiliseraient allégrement. Boum.

Acte 3 – Les guignols chargent Nadal et les « rois de l’EPO ». En ce mois de janvier, les Guignols en remettent une couche. Et comme Noah, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère, représentant Nadal remplissant sa voiture avec son urine. Urine qui se révèle être le meilleur des carburants puisque la voiture prend ensuite plus l’allure d’une fusée qu’un moyen de locomotion citadin…

Après un tollé général en Espagne, les rédacteurs « s’excusent » par un autre skecth qui met en scène bon nombre des grandes figures du sport ibère :

Suite à cette nouvelle provocation, les esprits se sont définitivement échauffés en Espagne. Au point par exemple que les joueurs de Séville ont revêtu lundi soir pendant une rencontre officielle un maillot se moquant de la devise française : « Liberté Egalité Superioridad »…

Pourquoi un tel impact ?

1. Le sportif n’est pas considéré de la même manière en Espagne qu’en France. La valeur physique d’un individu n’est pas dénigrée comme elle l’est souvent dans notre cher hexagone. Il est beaucoup plus choquant pour un Espagnol que pour un Gaulois de se moquer du QI d’un footballeur et la forme d’acharnement des Guignols est victime d’un vrai décalage culturel.

2. En pleine crise économique, le sport espagnol est l’une des choses du pays qui se porte le mieux, si ce n’est pas le plus grand motif de satisfaction pour l’Ibère moyen à l’heure actuelle. Considéré comme ni plus ni moins qu’une lueur au milieu de la pénombre que sont les temps actuels, il est difficile de la toucher car elle revêt forcément un caractère symbolique très fort.

3. L’arrogance française perçue par les pays qui nous entourent. Les Français ont toujours l’image à l’étranger d’un peuple sûr de lui, parfois arrogant. Le fait de chercher des excuses aux sportifs français, de ne pas accepter une supériorité et d’invoquer la tricherie pour expliquer ces défaites est une représentation inacceptable de cette mentalité pour les Espagnols.

De ce dernier point de vue, on aurait du mal à leur donner tort. Le véritable problème est que les Espagnols ne voient pas comment les Guignols traitent ou ont traité Fabien Barthez, Richard Virenque, André-Pierre Gignac ou le cas Jeannie Longo. L’accumulation, le fait de sentir une jalousie il faut dire assez mal placée (Noah) ont conduit à une réaction épidermique qu’il est difficile de reprocher aux Espagnols. D’autant qu’on a connu les Guignols plus inspirés.

Une dernière nuance est toutefois à apporter car il est clair que l’Espagne est moins engagée dans la lutte antidopage que ne l’est la France, ses règlements en la matière étant largement plus laxistes que celui fixé par l’AMA (Agence Mondiale Antidopage). Le Ministre des Sports Espagnols a d’ailleurs fait une sortie en ce début de semaine, reconnaissant un « problème » et promettant de tout faire pour harmoniser le droit espagnol au droit mondial.

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